Mondialisation et libre-échange ne sont pas des gros maux

J’ai un problème avec les rayons Économie de nos librairies. Ils sont monopolisés par les essais dénonçant l’horreur de la mondialisation et du néo-libéralisme global. Pas étonnant que nous soyons les champions du monde de l’antilibéralisme, selon ce sondage international de 2005 (cliquez sur le graphique de gauche pour l’agrandir).

L’argument développé est toujours à peu près le même: face au dumping social de pays comme la Chine, notre économie est plombée par des salaires élevés et une coûteuse protection sociale. Résultat: soit on ferme nos usines, soit on rogne sur les rémunérations et les avantages sociaux dans une effroyable descente aux enfers. Certes on arrive encore à exporter des trucs de haute technologie mais ça ne suffit pas à employer tout le monde, et les moins qualifiés restent sur le carreau. Bref, en contrepartie de TV plasmas et de lecteurs DVD pas chers, la mondialisation nous apporte pauvreté, précarité, chômage et déficits. Joli progrès!

A contre-courant de cette rébellion intellectuelle, j’ai trouvé quelques essais d’économistes qui me semblent pleins de bon sens. Ils défendent l’idée que la mondialisation constitue surtout un bouc émissaire commode qui nous évite de remettre en question les insuffisances de notre système. Cela méritait d’aller y voir de plus près: zoom cette semaine sur les liens entre mondialisation, chômage et salaires. Qui ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Le chômage est-il soluble dans l’ouverture internationale?
A force de perdre des parts de marché dans les secteurs qui emploient le plus de main-d’œuvre, la logique voudrait que les pays riches ayant des salaires élevés voient à la fois leur balance commerciale se dégrader et leur chômage augmenter. Je me suis donc amusé à comparer le taux d’emploi de chaque pays avec sa balance commerciale. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la logique [pays riche => importations fortes => chômage] ne saute pas aux yeux:

Premier constat, la balance commerciale n’a manifestement pas grand chose à voir avec le niveau des salaires. Ou plutôt, si l’on cherche une corrélation, ce serait plutôt l’inverse de ce à quoi on s’attendrait. Les pays européens les plus pauvres (Portugal, Espagne) sont des grands importateurs nets, alors que les pays les plus riches (Suède, Pays Bas, Allemagne) sont des exportateurs nets. Même constat du côté des pays en voie de développement (sur ce site par exemple), dont la balance commerciale est tantôt très positive (la Chine), tantôt très négative (comme l’Inde).

Ensuite, le lien entre niveau de chômage et balance commerciale est loin d’être évident. Du côté des exportateurs nets (à droite du graphe), les Pays-Bas ou la Norvège affichent effectivement un faible taux de chômage, mais ce n’est pas du tout le cas de l’Allemagne par exemple. La situation est tout aussi ambiguë pour les importateurs nets (à gauche du graphe): certes la France, l’Espagne ou l’Italie ont des taux d’emplois médiocres, mais l’Australie, la Nouvelle Zélande (et même les US) n’avaient pas de problème d’emploi en 2008.

Plusieurs études ont tenté de faire un bilan-emplois de la mondialisation en France et leur constat est mitigé: parfois ce bilan est positif (entre 1990 et 1997) et parfois légèrement négatif (entre1997 et 2001). Mais dans tous les cas, le nombre d’emplois créés ou détruits est infime, de l’ordre de 10 000 par an, une paille comparé aux 250 000 emplois détruits en 2009

Qui a dit que les nations étaient en « guerre économique »?
La faible influence des échanges internationaux sur l’emploi se comprend mieux lorsqu’on réalise à quel point nos échanges avec les pays en voie de développement sont limités. Selon l’OMC, les marchandises en provenance des pays pauvres (Afrique, Asie, Amérique du Sud) ne représentaient même pas 20% des importations de l’Union Européenne en 2008. Ces importations qui nous font si peur représentent moins de 6% du PIB européen. Comme le relève l’économiste Paul Krugman, si l’on devait comparer deux nations à Pepsi et Coca-Cola, il faudrait imaginer que chaque société réalise 90% de ses ventes auprès de ses propres employés et les 10% restant auprès de ceux de son concurrent: pas banale comme situation concurrentielle!

D’ailleurs le concept même de « compétitivité d’une nation » est en soi discutable: pour une entreprise, c’est facile, sa compétitivité se mesure au résultat net. Dans le cas d’une nation, doit-on prendre son déficit budgétaire, sa croissance, son taux de chômage, son niveau de vie? Et puis on a vu ici que tout ce qu’une nation importait était compensé par un échange en sens inverse, que ce soit par des exportations, des services ou des placements financiers. Les relations entre les nations sont donc celles de clients à fournisseurs plutôt que de fournisseurs en concurrence les uns avec les autres. Enfin et surtout, l’idée d’une guerre économique entre les nations évoque une lutte dont sortiront des gagnants et des perdants. Or c’est précisément ce que contestent les économistes: selon eux le commerce international est tout sauf un jeu à somme nulle car l’accroissement des échanges internationaux augmente la taille du gâteau économique. Et c’est vrai que si l’on analyse les statistiques de l’OMC depuis 1950, il faut bien reconnaître qu’échanges internationaux et croissance économique semblent aller de pair:

A-t-on raison d’avoir peur des bas salaires?
Certes, pourra-t-on objecter, mais tout ça ne répond pas à la question du dumping social. Comment nos économies résisteront-elles à la concurrence déloyale d’entreprises chinoises, combinant des salaires de misère et une productivité du premier monde? Cette inquiétude suppose qu’un pays puisse maintenir artificiellement ses salaires à un niveau très bas. Pas très orthodoxe comme idée, puisqu’en théorie salaires et productivité sont indissociablement liés,  mais au moins c’est une hypothèse testable. Armé de mes statistiques j’ai joué à comparer salaire horaire et productivité dans le monde. Voilà ce que ça donne:

En haut à droite, les pays les plus développés (Norvège, Allemagne, Danemark, Pays Bas, France…) affichent à la fois des salaires horaires et une productivité élevés. A l’autre bout de l’échelle (en bas à gauche) le Mexique, le Portugal et la Corée ont des salaires bas et une productivité faible. Grosso modo productivité et salaires sont liés même s’il y a évidemment des disparités (le Danemark a par exemple une productivité plus faible que le Royaume Uni mais des salaires plus élevés).

Qu’en est-il de l’évolution dans le temps? Là encore, les statistiques que j’ai pu glaner sur le sujet m’ont semblé sans appel. Augmentation de la productivité et augmentation des salaires vont de pair quels que soient les pays:

Source: Cours de Philippe Martin (Ecole Polytechnique, 2004)

L’évolution de la Corée depuis 1970 en est une bonne illustration (source ici). Tandis que sa productivité (exprimée en pourcentage de celle des Etats-Unis) est passée de 14% en 1975 à 69% en 1995, son salaire horaire moyen a grimpé durant la même période de 5% à 43% (toujours exprimé en % des salaires aux US). D’après mes statistiques de 2008, il vaut désormais 60% de celui des Etats-Unis.
Dans le fond, cette corrélation est plus logique qu’elle n’en a l’air: le niveau de vie des habitants (= leur salaire) augmente à mesure que le pays s’enrichit (richesse = production = productivité x nombre de travailleurs) et je vois mal pourquoi la Chine échapperait à un tel phénomène de rattrapage. A mesure qu’elle va globalement gagner en productivité, ses salaires remonteront aussi naturellement qu’ailleurs.

C’est l’avantage comparatif qui compte!
Les économistes vont même plus loin: depuis le XIXe siècle et la théorie de Ricardo (améliorée mais jamais démentie à ma connaissance) ils soutiennent qu’un pays n’exporte pas les biens pour lesquels il a une meilleure productivité en valeur absolue, mais ceux pour lesquels il a un avantage relatif. On illustre d’habitude cette théorie en prenant l’exemple de deux pays (l’Angleterre et le Portugal) qui échangent deux biens (du drap et du vin). Supposons qu’avec 10 heures de travail, le Portugal produise 20 mètres de drap et 300 litres de vin tandis que l’Angleterre ne produit que 10 mètres de drap et 100 litres de vin. Le Portugal est bien plus performant en valeur absolue sur les deux productions. Pourtant il a intérêt à se spécialiser dans la production de vin et à importer son drap d’Angleterre (voir l’explication détaillée sur Wikipedia ou sur ce site par exemple). Chaque pays s’enrichit du commerce extérieur en tirant parti de son avantage relatif et non pas de ses avantages absolus comme on aurait tendance à le croire.

Pas très clair? OK, voici un exemple plus intuitif largement popularisé par la littérature économique classique (et manifestement un poil sexiste) : imaginons un avocat champion du clavier. Sa secrétaire n’a alors aucun avantage absolu par rapport à lui: elle n’est pas avocat et tape moins vite que lui. Pourtant l’avocat a toujours intérêt à lui confier sa correspondance (sauf s’il en trouve une autre qui tape sans moufles) car il n’a pas le temps de tout faire. Chacun se spécialise dans la tâche pour laquelle il a un avantage relatif et le tandem est plus productif ensemble.

C’est sans doute là que la mondialisation nous fait mal: elle impose que les pays se spécialisent là où ils sont (relativement) les meilleurs et abandonnent progressivement les secteurs où ils n’ont aucun avantage comparatif. Ça suppose au moins deux changements drastiques dans notre politique économique: il faut d’une part déployer d’immenses efforts pour aider les travailleurs des secteurs pénalisés à se reconvertir, plutôt que s’échiner à maintenir leur activité à grands coups/coûts de subventions. Ensuite, l’Etat doit renoncer à son indépendance dans certains domaines économiques comme l’agriculture, la pêche ou certaines industries stratégiques. Pour un pays comme la France, cela revient à renoncer à une part de notre exception culturelle. Pas évident à accepter…

Sources:
Quelques excellents essais d’économie: L’économie sans tabous de Joseph Heath, Nos phobies économiques (des auteurs du blog econoclaste), Le chômage fatalité ou nécessité? de Cahuc et Zylberberg, La France injuste de Thimothy Smith.
Deux billets de Paul Krugman (ici et )
Does trade with low wages hurt american workers? de Stephen Golub
Les statistiques 2010 du Bureau of Labour Statistics

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17 comments for “Mondialisation et libre-échange ne sont pas des gros maux

  1. Q
    20/09/2010 at 13:21

    >Je reposte mon commentaire, qui semble avoir disparu…Le dumping social, il me semble, ne concerne pas seulement le montant des salaires, mais aussi les aides sociales, la santé, la redistribution, voire la justice et l'éducation des pays…Et d'autre part, avec la financiarisation de l'économie, même si effectivement la concurrence commerciale entre les états n'est peut être pas si importante que ça, la concurrence financière constitue un moyen de pression important sur les budgets public (cf. la réforme des retraites en France, qui n'était pas au programme du gouvernement initialement, lancée suite à un risque de baisse de la notation sur les marchés financiers)Mis bout à bout, est-ce que la mondialisation n'accentue pas une certaine concurrence financière (et non pas commerciale) qui aboutit à une dégradation des services publics et des solidarités (et non pas des salaires moyens) ?

  2. Xochipilli
    20/09/2010 at 19:44

    >@Q: Effectivement il y a je pense davantage de concurrence financière entre les Etats, mais au risque de choquer je pense que ça pousse plutôt les Etats à être plus rigoureux dans leur gestion. L'éducation, les infrastructures, une bonne protection sociale etc. sont des atouts et non pas des handicaps, vu du marché. Je t'invite à lire "La France Injuste" de Timothy Smith qui montre à quel point la mondialisation a bon dos lorsqu'il s'agit de justifier de réformes sociales douloureuses…

  3. D
    21/09/2010 at 01:15

    >Bonjour, et merci pour ce blog que je lis depuis quelques temps avec beaucoup de plaisir.Concernant cet article, je l'ai trouvé tout aussi intéressant que ceux que j'ai pu lire jusqu'ici, mais la conclusion me surprend."Renoncer à son indépendance"… voilà en effet qui est inquiétant.Car le jour où on ne l'a plus, cette indépendance, qu'est-ce qui garanti que les prix ne vont pas s'affoler dans un sens qui ne nous convienne plus du tout, et qu'on ne soit alors plus en mesure de dire "non" ?Qu'on produise pour plus cher que ça nous coûterait d'importer et qu'on renonce, de fait, à l'exportation est une chose mais, hors le bénéfice non directement économique que représente l'intérêt écologique de la méthode (et quelque chose me dit que même économiquement, au final, on s'y retrouve, par exemple en étant vivant plutôt que mort), c'est surtout la garanti que si les choses tournent au vinaigre, on peut encore avoir quelque chose dans son assiette, sans dépendre de qui que ce soit.Diminuer pour une bonne part nos secteurs les moins rentables et favoriser ceux qui le sont plus (ce qui se traduit entre autre, à mon sens, par favoriser la recherche et l'enseignement), ça semble logique, mais oublier complètement des secteurs vitaux, même non compétitifs, me semble stratégiquement très dangereux.Je pense qu'on peut faire un parallèle avec la dérégulation du marché de l'électricité : les anglo saxons l'ont fait, maintenant ils regrettent (je crois même qu'ils commencent à revenir en arrière, si je ne m'abuse). Et nous, 20 ans après l'échec patent de la méthode (début des soucis dans les années 90, blackout californien en 2003)… on l'applique.

  4. Xochipilli
    21/09/2010 at 07:34

    >@D: pas facile comme question en effet car on sort du champ purement économique. Je constate quand même que beaucoup de pays sont beaucoup plus dépendants que nous sur des secteurs que l'on considère comme "vitaux" (le Japon pour les matières premières, les pays du Nord pour l'armement, etc). Et il me semble aussi que plus de protectionisme ne nous protègera pas vraiment des effets de yo-yo du marché, y compris pour les denrées alimentaires. Mais encore une fois ce ne sont que des intuitions 😉

  5. Q
    21/09/2010 at 11:09

    >"L'éducation, les infrastructures, une bonne protection sociale etc. sont des atouts et non pas des handicaps, vu du marché"Je suis un peu dubitatif sur ce point (mais un article aussi convainquant que celui-ci, chiffres à l'appui, pourrait me faire changer d'avis ;-))Après tout, "le marché", ce sont grosso-modo des banquiers qui investissent pour leurs clients, et leur boulot est de rentabiliser l'investissement à court terme. Le développement des structures sociales/éducatives et des services publics des pays occidentaux, certes attractifs, datent de l'époque de "l'état providence", quand la finance n'était pas encore mondialisée comme elle l'est aujourd'hui, et depuis, ces structures ont été assez largement démantelées… suite à la mondialisation financière. On peut donc se demander : aujourd'hui le marché financier mondialisé laisse-t-il la possibilité aux pays en développement de développer les structures sociales que nous avons développé à l'époque ? Les inégalités grandissantes dans tout ces pays, en Chine par exemple, laissent penser le contraire… Va-t-elle dans le sens d'une amélioration de ces structures dans les pays développés ? J'ai l'impression du contraire.Certes, les hommes politiques, en supposant qu'ils aient suffisamment de marge de manoeuvre et d'indépendance pour résister à la tentation de satisfaire les marchés à court terme et que les échéances électorales le leur permette, peuvent, eux, penser à long terme et favoriser le bien être de tous comme autant "d'atouts" sur le marché. Mais cela suppose que les intérêts des citoyens, outre la bonne gestion financière, coïncident avec ce qui représente effectivement un "atout" pour les marchés.L'éducation, oui, si elle est orientée vers la formation de main d'oeuvre qualifiée pour le marché du travail. Exit la philo ( ou l'histoire-géo en terminal scientifique ;-))…Les infrastructures de transport si elles déservent des zones économiques importantes, pas les campagnes dépeuplées (tient pourquoi pas une ligne de métro qui relierait l'aéroport CDG à la défense, par exemple ?). De même pour les services de santé et la justice : centraliser, privilégier la rentabilité.La recherche scientifique aussi est un atout, si elle débouche sur des applications technologiques et des brevets.etc.La mondialisation économique semble aller de paire avec une intrusion de la logique de marché dans toutes les sphères de la société. On peut simplement se demander jusqu'à quel point tout ceci coïncide ou non avec le bien être commun, qu'on pourrait penser être la mission de l'état, voir le but ultime d'une bonne économie…

  6. Q
    21/09/2010 at 11:25

    >Pour rebondir sur le commentaire de "D", et sur la fin de l'article :"C'est sans doute là que la mondialisation nous fait mal: elle impose que les pays se spécialisent"Il semble que la dérégularisation financière prônée par le FMI a eu un impact globalement négatif pour de nombreux pays africains : la concurrence de l'agriculture européenne y a poussé de nombreux agriculteurs à venir grossir les bidonvilles, et finalement a rendu la population vulnérable aux spéculations financières sur les denrées alimentaires.

  7. Xochipilli
    21/09/2010 at 11:52

    >@Q et @D: bon promis, je reviens sur ces sujets dans un prochain billet 😉

  8. Tom Roud
    21/09/2010 at 16:21

    >Deux commentaires de profane :- ce qui me frappe toujours en économie, c'est le peu de recul temporel sur les données. Typiquement, dans le cas de la mondialisation, on a des données sur quoi, 30 40 ans ? Est-ce suffisant pour tenir des conclusions absolues ? Je ne crois pas; c'est comme dans l'évolution : on ne peut pas faire abstraction de l'environnemment et des échelles de temps de changement pout celui-ci (par exemple dans les 40 dernières années : pétrole peu cher, pas de feedback climatique/environnemental négatif , Xième révolution industrielle …)- dans ma prime jeunesse, j'avais assisté à une conférence de Daniel Cohen, économiste qui n'a rien d'une tanche, et qui expliquait qu'en réalité, les puissances économiques n'étaient pas réellement spécialisées : au contraire, elles étaient fortes dans des domaines relativement divers. Par exemples les USA. Et ça se comprend d'une certaine manière et ça rejoint la remarque précédente et l'analogie évolutive : si tout d'un coup ton environnement change, ce qui fait que tu perds par exemple très rapidement ton avantage comparatif par rapport aux autres pays, si tu es trop spécialisé, tu es fichu. Ce genre de choses arrive plus souvent qu'on ne le croit je pense : je me souviens toujours de l'Exemple de Bernard Salanié, du temps où il avait un blog, qui expliquait comment dans sa jeunesse on suait à apprendre le dessin industriel alors que l'informatique a complètement changé la donne depuis. D'où l'intérêt de faire survivre des domaines où a priori tu n'aurais pas intérêt à te maintenir.

  9. Xochipilli
    21/09/2010 at 18:05

    >@Tom: sur le premier point, 30 ou 40 ans en économie c'est quand même pas mal pour voir les tendances, même si ça ne prend pas forcément en compte les catastrophes. Si on prend l'analogie de l'évolution on serait plutôt dans le domaine de la "Reine Rouge" (spéciations lentes) que dans celui du "Fou du Roi" (grandes extinctions).Sur le second point, certes le paysage reste très diversifié dans chaque pays, mais on peut constater la spécialisation de certains pays émergents (dans l'assemblage, le codage, les call centers etc) et le recentrage de nombreux pays développés sur des activités à plus forte valeur ajoutée (conception, services etc) au détriment de l'assemblage, du textile etc.

  10. Tom Roud
    21/09/2010 at 19:20

    >Oui, enfin tu sais bien qu'on n'est pas du tout à l'abri d'un cygne noir, surtout en matière d'économie. C'est pour ça que des tendances sur 30 à 40 ans ne sont réellement valables que sur le passé considéré (la mondialisation, ça a certainement payé à cour terme hier), mais on ne sait pas du tout de quoi l'avenir sera fait (peut-être que dès demain, la mondialisation va nous mettre dans le mur). Par exemple, si ça se trouve, la mondialisation, ça mène à la guerre de façon indirecte sur le long terme (ou un effondrement type club de Rome pour cause de mauvaise estimation de l'impact écologique dans les coûts), et donc c'est en réalité mauvais sur les échelles longues.Sur la spécialisation, le fait que ça se passe ne veut pas dire nécessairement que c'est bien – on peut avoir aussi un effet dilemme du prisonnier. Je pense aussi que cette histoire d'avocat et de secrétaire, c'est un petit peu trop simple pour être complètement vrai, ça ressemble trop à un modèle aux hypothèses bien choisies pour être soluble. C'est souvent le sentiment que j'ai face aux "raisonnements économiques".C'est assez fascinant de voir que dès qu'une échelle de temps devient de l'ordre de grandeur d'une vie humaine, on croit le phénomène décrit fixé pour toute éternité.

  11. Xochipilli
    21/09/2010 at 20:53

    >@Tom: effectivement, personne ne peut dire si à long terme la mondialisation est bonne ou mauvaise. Par contre, ces études permettent raisonnablement de juger du bien fondé des maux courants dont on l'accable.

  12. Cybionte
    24/09/2010 at 07:06

    >En ce qui concerne les données disponible, pourquoi Tom parle-t-il de 30 à 40 ans simplement de recul pour les données disponibles lié à la modalisation et ses effets sur nos civilisations ? Je suis en train de lire "civilisation matérielle, économie et capitalisme" de fernand Braudel, du XV au XVIII ième siècle et il décrit avec force détail le commerce des aliments comme le blé, pomme de terre, fève… avec chiffres à l'appui: tonnage, prix et ce à partir du 16 ième siècle.Ce n'est évidemment pas aussi détaillé que nos chiffres actuels, mais peut-être suffisamment dans certain domaine pour se faire déjà une bonne idée des conséquences du commerce international sur le développement de nos civiliations.

  13. Tom Roud
    25/09/2010 at 15:00

    >@ Cybionte : je pense qu'il y a une nuance à faire entre "mondialisation" et le simple "commerce international" des siècles passés. On a clairement changé d'ordre de grandeur récemment, en particulier du fait des innovations technologiques et du coût de l'énergie qui a baissé. Personnellement, j'ai très peur des futurs chocs pétroliers et climatiques, je ne crois pas du tout que notre civilisation ne soit pas en danger parce qu'elle n'a pas été capable de faire une mondialisation durable, toute focalisée qu'elle est sur des avantages comparatifs immédiats.Quant au bénéfice du commerce international, je me demande toujours si on ne considère pas les choses de notre point de vue. Par exemple, je ne suis pas complètement sûr que la mondialisation en matière d'agriculture bénéficie réellement à l'Afrique (émeutes de la faim, tout ça…).

  14. Xochipilli
    25/09/2010 at 19:10

    >@Tom: Je serais enclin à penser qu'il y a beaucoup d'autres facteurs explicatifs aux problèmes de l'Afrique que la seule mondialisation. Et à l'inverse je ne connais pas grand monde qui conteste son effet bénéfique sur les pays d'Asie et l'Amérique latine qui se sont ouverts aux échanges internationaux.

  15. Tom Roud
    25/09/2010 at 19:56

    >@ Xochipilli : je ne sais pas, encore une fois, c'est une question de point de vue et d'échelle de temps. Par exemple tu sais très bien aussi que si le monde entier adopte le mode de vie occidental, on va droit à la catastrophe écologique. Or, ce mode de vie repose évidemment sur la mondialisation, et réciproquement : une conséquence de la mondialisation est que ce mode de vie tend à s'universaliser. Ce n'est viable en partie que parce que nous sommes encore dans un régime un peu transitoire où l'occident bénéficie d'avantages technologiques et politiques issus de notre histoire, où l'on ne voit pas encore l'épuisement des matières premières et des ressources. En fait, ce débat me fait penser aux débats réductionnistes vs émergence : prouver que la mondialisation est bénéfique pour une échelle de temps donnée pour une partie de la population ne veut pas dire qu'elle est souhaitable et viable sur le long terme pour tous. Je me demande même si la condition sine qua non pour que le système économique mondial marche n'est pas qu'il reste une affaire inclus vs exclus, même si le nombre d'inclus augmente actuellement.[Après, moi, je ne sais pas ce qu'il faudrait faire, je trouve juste que les arguments sont trop dépendants du contexte actuel, reposent trop sur des projections de tendance à l'infini et pas assez sur des vrais mécanismes et raisonnements rationnels, …]

  16. Xochipilli
    25/09/2010 at 20:18

    >@Tom: je vois ce que tu veux dire et je n'ai pas vraiment d'avis sur le bien-fondé de la mondialisation dans l'absolu. Le seul objet de mon billet est de réfuter les accusations courantes qu'on lui porte, qui portent en général sur le court terme (précarité, chômage, pauvreté etc).

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