Maya contre les envahisseurs

>A part les pesticides, les abeilles ont UN ennemi juré: les frelons. Les œufs des premières font le délice des larves des seconds. Comme les frelons ne peuvent rien refuser à leur tendre progéniture, c’est la guerre depuis des milliers d’années entre les deux espèces: un bel exemple d’escalade co-évolutive.

A ma droite: les frelons Vespa Mandarina Japonica. Des tueurs nés, cinq fois plus gros que les abeilles et une cuticule totalement imperméable aux dards des abeilles. Ces tanks volants sont équipés de cisailles buccales qui vous coupent une tête d’abeille comme un bretzel. Chaque frelon doit dégommer à peu près mille abeilles s’il veut venir à bout d’une ruche avec sa bande, alors forcément il faut bien industrialiser le massacre.

A ma gauche: les abeilles européennes introduites au Japon parce qu’elles produisent deux fois plus de miel que leurs cousines locales. Quand un frelon trouve une ruche, il ne tarde pas à rameuter ses copains et les abeilles se défendent vaillamment l’une après l’autre en tentant de bloquer l’accès aux envahisseurs. Malgré leur nombre et leur dévouement sans faille, l’affaire est vite pliée: 30 000 morts en 3 heures. A côté, Verdun c’est « Oui-oui chez les Bisounours ».

Comment se fait-il qu’il reste encore des abeilles au Japon, avec de tels exterminateurs? C’est que les abeilles locales (Apis Cerana Japonica) ont avec le temps mis au point une défense incroyable. Ces insectes sont particulièrement sensibles à la chaleur. Passé 50°, ils trépassent. Plus exactement l’espèce de frelon du Japon suffoque à 45° alors que les abeilles ne claquent qu’à 48°. Ces trois petits degrés font toute la différence. Au lieu d’essayer de s’opposer individuellement à l’envahisseur, les abeilles assaillent littéralement le frelon, et forment autour de lui une boule serrée au sein de laquelle elles agitent leurs ailes pour élever la température jusqu’à 45°. En quelques secondes, le frelon est cuit comme un pop corn.

Comment une telle stratégie a pu naître est encore un mystère de l’évolution. Tout comme la raison pour laquelle les frelons japonais n’ont pas repoussé leur température maximale au-delà de ces 48° fatidiques. A Chypre, les frelons (Vespa Orientalis) sont plus malins au moins: ils bouillent à 50° eux! Plus question de les faire rôtir donc, mais l’ingéniosité de Maya (en l’occurrence Apis mellifera cypria) est sans limite: au lieu de chauffer l’animal, les abeilles se jettent sur lui par centaines et s’agglutinent autour pour boucher ses voies respiratoires, dispersées sur tout le corps (contrairement à nous un insecte respire par le corps et pas par la bouche): l’affreux frelon meurt étouffé. Il semble que le signal d’attaque des abeilles soit un ultrason qu’elles émettent collectivement et qui leur sert pour se coordonner.


Les abeilles géantes (Apis Dorsata) du Sud Est asiatique ont mis au point une autre technique de défense encore plus impressionnante. Contrairement aux autres espèces, leurs nids s’étalent en plaques à la surface d’un rocher ou d’un arbre par exemple, et les abeilles s’empilent les unes sur les autres pour couver et protéger les œufs. Difficile d’appliquer la même tactique car cela supposerait de laisser une partie du nid à découvert. A l’approche d’un ennemi (frelon, mammifère ou autre) elles bougent leur abdomen de manière parfaitement synchronisée pour former une « ola » comme dans les stades de foot, mais en mille fois plus rapide: 2m en moins de 800 msec! Ces mouvements visuels de grande ampleur effrayent les frelons dès qu’ils s’approchent à moins de 50 cm du nid et les poussent à aller chercher pitance ailleurs. Si un frelon se trouve très près du nid, les abeilles forment de plus petites « olas » qui désorientent l’intrus et l’empêche de distinguer un individu isolément dans toute cette masse vibrante. On a encore du mal à comprendre comment les abeilles arrivent à se synchroniser de manière aussi parfaite, mais il semble qu’elles libèrent une phéromone qui leur indique de rester bien groupées et à vibrer en chœur.

Un magnifique exemple d’auto-organisation. Reste à comprendre par quel mécanisme il a pu émerger au cours de l’évolution…

Références:
Plein d’infos sur les abeilles sur le site Des abeilles et des hommes.
Et pour ne pas faire de jaloux, un site qui démystifie les dangers du frelon.

6 comments for “Maya contre les envahisseurs

  1. AlexM
    28/11/2008 at 12:13

    >Sur les abeilles, puis-je me permettre de signaler le dossier d’étude que nous avons fait réaliser sur science.gouv.fr, à l’adresse suivante : http://www.science.gouv.fr/fr/dossiers/bdd/res/2945/disparition-des-abeilles-une-enquete-alarmante/

  2. AlexM
    28/11/2008 at 12:20

    >Sur les abeilles, puis-je me permettre de signaler le dossier d’étude que nous avons fait réaliser sur science.gouv.fr, à l’adresse suivante :Dossier Abeilles

  3. Leo
    28/11/2008 at 19:18

    >Les exemples de co-évolutions m’etonneront toujours…

  4. Anonymous
    28/11/2008 at 19:38

    >Passionnant ! Merci !(mais… si je puis me permettre…conjugaison du verbe bouillir et orthographe de phéromone)

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