Golden rules du manager successful

>Vous vous morfondez dans votre boulot, vos talents injustement méconnus et votre mérite incompris? L’impatience vous taraude de pouvoir escalader quatre à quatre les escaliers du succès dans votre entreprise? Voici quelques conseils tirés directement de mon observation directe, très subjective et incomplète de quelques Rastignacs particulièrement doués en la matière.

1) Vous êtes EXCELLENT. Toujours
Tout ce que vous faites, avez fait ou vous apprêtez à faire est simplement époustouflant. Vous en êtes tellement convaincus que vous parlez souvent de vos propres réalisations avec un mélange subtil d’admiration et d’humour. Vous n’évoquez bien jamais vos doutes, ni vos erreurs – bien entendu puisque vous ne vous êtes trompé sur rien. Jamais. Ca vous épate vous-même.

2) Heureusement que vous êtes là.
Vous êtes personnellement directement ou indirectement à l’initiative de
tout ce qui s’est fait de bien dans votre entreprise. Même si ça s’est passé dans une autre direction que la vôtre, laissez entendre que vous n’y êtes pas pour rien (et oui c’était votre idée!), sans rentrer dans les détails car il faut rester modeste. A l’inverse, toutes les erreurs stratégiques (toujours en dehors de votre périmètre de responsabilité, puisque chez vous tout va bien selon la règle 1) ont été commise malgré vos mises en garde répétées: vous aviez anticipé exactement les conséquences néfastes de ces initiatives mais on ne vous a pas écouté.

3) Vos très rares et très minimes difficultés avaient été anticipées et sont déjà presque surmontées.
Le meilleur moyen de ne pas devoir s’expliquer sur ses performances médiocre consiste simplement à ne pas en parler. Consacrez votre temps et votre énergie à vanter ce qui fonctionne bien, glosez sur vos succès, insistez sur vos bonnes performances, il faut que ça se sache!
Si malgré tout vous devez évoquer quelques mauvais résultats (pardon, vos « axes d’amélioration ») prenez de la hauteur et rassurez votre patron. Vous maîtrisez parfaitement la situation:

– Ces difficultés ne sont bien entendu pas de votre fait, mais liées au contexte affreusement hostile. Vous opérez sur un marché particulièrement retors, avec la Terre entière contre vous: les services supports dont vous dépendez, vos concurrents -malhonnêtes, forcément- bénéficient de complicités partout dans le pays.

– Vous aviez bien entendu complètement anticipé ces difficultés et pris depuis longtemps les mesures adaptées. Inventez de toutes pièces des plans d’action sophistiqués pour y remédier et étayez avec des initiatives réellement prises -même si elles n’ont rien à voir avec le sujet- qui permettront de consolider votre crédibilité.

4) Réinventez l’Histoire
Lorsque malgré vos valeureux plans de redressement, vos résultats tardent à se redresser, soyez audacieux: inversez l’ordre des choses, les causes avec les conséquences. Cette pirouette vous permettra souvent de renverser la situation en votre faveur. Ce n’est pas parce que vous avez maladroitement changé de fournisseur sans précaution que vos délais ont explosé, c’est au contraire parce qu’ils commençaient à déraper (probablement parce qu’on ne vous avait pas laisser en changer plus tôt) que vous avez enfin réussi à changer de fournisseur. Si vos parts de marché s’écroulent, ce n’est pas du tout lié au lancement raté de votre nouveau produit: c’est en anticipation de cette baisse que ce nouveau produit miracle a été introduit et qu’il promet des lendemains qui chantent.
En révisant le sens de l’Histoire vous pourrez en général expliquer tout et n’importe quoi. Et comme vous maîtrisez la chronologie des événements mieux que personne, vous êtes à l’abri des critiques pour un temps.
Passé le délai critique où ces pirouettes ne prennent plus, changez de fonction ou d’entreprise. Votre successeur sera rapidement le responsable du chaos que vous aurez laissé en partant.

5) Pas de micro-management
Avec vos collaborateurs n’entrez pas dans le détail de leur fonction: éviter le « micro-management » est votre principe sacré. Il vous dédouane de toute implication managériale vis-à-vis d’eux, c’est pratique. Laissez-les se débrouiller avec leurs problèmes. S’ils échouent ce sera leur faute. S’ils réussissent, ce sera grâce à votre sens de la délégation. Ne vous mêlez pas de leurs problèmes d’organisation, lorsque deux services s’affrontent ouvertement ou dupliquent chacun la même fonction: laissez mijoter ces antagonismes: le meilleur gagnera, qui vous sera acquis pourvu que vous ayez pris le soin de cajoler tout le monde.

6) Janus avec vos collaborateurs
Soyez toujours bienveillants avec eux. Concentrez toute votre attention managériale à leur accorder discrètement quelques faveurs personnelles et de bonnes primes (si vous pouvez) pour les
obliger vis-à-vis de vous. Un peu de népotisme vous permettra de compter plus tard sur ces zélés avocats de votre action.
Par contre à l’extérieur, plaignez-vous amèrement de l’incompétence et du manque de discernement de vos collaborateurs. Heureusement que vous êtes là pour rectifier en permanence leurs initiatives malheureuses et impulser l’activité dans le bon sens… D’ailleurs, les quelques (très rares) maladresses commises chez vous l’ont été de leur fait, à votre insu et souvent contre votre avis.

Evitez de vous entourer de collaborateurs trop brillants qui risqueraient de vous faire de l’ombre. Choisissez-les
gris de préférence: compétents et peu à l’aise en public. En comparaison, vous n’en aurez que plus de facilité pour briller en public.

7) A l’avant-poste des batailles déjà gagnées
Ne prenez de positions très claires – sur l’évolution du marché, une technologie, la stratégie de votre entreprise – que sur les sujets déjà tranchés et les causes entendues: on ne vous prendra pas de sitôt en flagrant délit d’ineptie. Soyez l’apôtre des évidences, de la parole du chef ou des consensus en vigueur dans votre entreprise, mais martelez-les comme s’il s’agissait d’idées neuves et révolutionnaires qui vous sont propres et que vous assumez envers et contre tous.

Ne perdez pas une occasion de présenter en public des success stories, la vôtre bien sûr (puisque vous êtes à l’origine de toutes celles de votre entreprise). Séminaire, conférence, roadshows: ne perdez pas une occasion de mettre en avant votre charisme, votre esprit brillant et votre réussite. Vous incarnez le succès, la vision clairvoyante, l’exécution impeccable et il faut que cela se sache.

8) En retrait des mauvais coups.
Sur les dossiers difficiles délayez, différez, restez évasifs. Déléguez à vos collaborateurs: s’ils échouent, ce sera parce qu’ils n’auront pas écouté vos conseils. S’ils réussissent ce sera grâce à votre savoir-faire de coach.

Si vous devez défendre un dossier, solliciter une décision, faire arbitrer une demande d’investissement etc., laissez un collaborateur le présenter en avant-poste. Vous éviterez ainsi d’être en première ligne sur un dossier risqué. Durant la réunion, rangez-vous rapidement du côté du vent: celui de votre collaborateur si le dossier fait consensus, en vous posant comme le sponsor de ce sujet, n’hésitant pas à mettre en avant un de ses collaborateurs. Si au contraire, la polémique fait rage mettez-vous en retrait: votre collaborateur avait sans doute mal préparé son dossier malgré tous vos conseils.

7) Le magic touch: parlez globish
Emaillez vos propos de termes vaguement anglais. Plutôt que de rattraper le retard pris sur le budget en améliorant les processus, boostez plutôt le crash program de reengineering des process en les mapant sur des benchmarks, pour combler le gap du R/O…

Avantage annexe: personne ne vous en voudra si vous faites des fautes d’orthographe.

Vous voilà parés pour la prise du pouvoir par sa face Nord. A vous de jouer!

6 comments for “Golden rules du manager successful

  1. Timothée
    10/04/2008 at 14:14

    >Ca ressemble pas mal à certains chercheurs ça…Mais c’est très bon!

  2. Xochipilli
    10/04/2008 at 21:18

    >@timothée: l’amour de soi et le goût du pouvoir étant les choses au monde les mieux partagées, je suppose que les mêmes règles doivent être valables à peu de choses près dans la recherche, l’administration, l’enseignement, la politique, avec des curiosités sectorielles probablement très amusantes!

  3. Anonymous
    11/04/2008 at 04:23

    >ouais bof, quel est le rapport avec les « entrepreneurs » ? Je vois plutot ca comme les regles du sale con (cf « objectif zero-sales-cons » de Sutton) bien planqué dans une grande entreprise voire une administration. L’entrepreneur qui gere sa startup comme ca ben il ira pas tres loin. Et de +, ne pas micro-manager EST une bonne regle.

  4. Xochipilli
    11/04/2008 at 19:00

    >@ courageux anonyme: c’est qu’il ne faut pas lire « entrepreneur », mais « einteu’p’eneuuuuuu’r » avec l’accent vaguement anglais (comme le reste du titre d’ailleurs): c’est-à-dire le cadre dirigeant d’une (très) grande boite, censé la transformer en petite start-up. Rien à voir effectivement avec le fondateur d’une start-up qu’il est censé incarner.Sur le micro-management, c’est une bonne règle… et aussi le meilleur alibi pour justifier son absence totale de management 😉

  5. Kaa
    13/04/2008 at 18:09

    >On dirait mon chef §

  6. Eric
    16/04/2008 at 21:29

    >…Qui a su s’entourer de collaborateurs si ternes qu’il finit par briller ?

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