>Dernières nouvelles d’Afrique de l’Est (1): l’éléphant

12/05/2008
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>J’entame avec ce post une petite série d’histoires aussi naturelles qu’étonnantes sur les animaux d’Afrique de l’Est que j’ai eu le plaisir d’observer récemment. Cette semaine, voyage au pays des éléphants…

Chez les éléphants, Mamie est LA star. C’est la matriarche qui mène la danse et guide le troupeau. En dehors de la saison des amours, les adultes mâles sont priés d’aller voir ailleurs. Les hordes sont donc constituées des femelles parentes – grand-mères, tantes, sœurs – et des jeunes éléphanteaux. Les éléphantes sont l’un des rares mammifères à vivre après leur ménopause (vers 45 ans). Il faut dire que Mère-Grand est la mémoire vivante de la troupe: elle sait reconnaître quelles sont les hordes amies et ennemies, se rappelle où sont les points d’eau, les zones dangereuses, rassure les plus jeunes et donne l’alerte. Chaque fois que l’on a tenté de déplacer des troupeaux en ne gardant que les jeunes, sans leur mamie, les pauvres bêtes sont mortes d’angoisse.

La famille est sacrée au royaume de Babar: quand une femelle met bas, toute la troupe vient la toucher avec sa trompe pour la féliciter. C’est vrai que 22 mois de gestation pour un seul nouveau-né ça fait longuet… Alors toutes les femelles s’y mettent pour faire les éléphant-sitters et le clan grandit gentiment. Si la troupe devient trop importante, une branche de la famille se sépare, mais les éléphants gardent parfaitement en mémoire quelles sont les hordes cousines donc alliées. Lorsqu’un vieil éléphant meurt, toute la troupe veille sur le corps un petit moment avant de se disperser. Et si des éléphants passent devant une carcasse d’un de leurs congénères, on en a vu s’attrouper autour et lui toucher le crâne avec leur trompe, comme pour l’honorer. C’est pas mignon ça?

A propos, le cimetière des éléphants est un mythe. Mais qui aurait son fondement: à force de se taper 250 kg de fourrage par jour, Babar finit par user ses quenottes. Certes la nature l’a doté de plusieurs séries de dents de remplacement (7 ou 8 selon les sources), mais une fois toutes ses dents usées, le vieux pachyderme se dirige vers les zones où l’herbe est la plus tendre pour ne pas mourir de faim. Et comme tous les papis font de même, la grande concentration de carcasses d’éléphants sur ces zones serait à l’origine du mythe du cimetière des éléphants.

Mais avant d’en arriver là, Babar peut aussi manger les crottes de ses congénères qui ne digèrent même pas la moitié de ce qu’ils mangent. Pas très appétissant mais facile à mâcher et puis essayez donc de trouver des petits pots de Blédina en pleine brousse. D’ailleurs les jeunes éléphants avec leurs petites dents de lait ne crachent pas dessus non plus. Miam! Pour les Massaï non plus, la crotte d’éléphant c’est pas de la merde (excuse my french): fumée, c’est paraît-il un excellent remède contre l’asthme et contre les démangeaisons. Et chez les naturalistes la crotte vaut également de l’or : le nombre de crottes, leur répartition spatiale et leurs tailles fournissent des statistiques précieuses pour connaître le nombre d’individus, leur âge et leurs déplacements. La fiente d’éléphant: une valeur sûre je vous dis.

Pour supporter leur masse énorme (plus de sept tonnes sur la balance, le cauchemar des weight-watchers), les membres de l’éléphant sont drôlement bâtis, comme des piliers bien droits, reposant sur un large pied circulaire. Ils peuvent ainsi rester debout sans fatigue. D’ailleurs si vous voyez un éléphant couché en Afrique c’est qu’il ne va pas bien du tout. Babar marche, nage mais il ne trotte ni ne galope, ses os ne supporteraient pas le choc! Stricto-sensu il ne court même pas puisqu’il garde toujours un pied par terre. Cela dit, aux JO il rafflerait toutes les médailles puisqu’il atteint facilement les 25km/h en vitesse de croisière: c’est ce qu’on appelle la marche sportive.

Avec un tel poids, sa surface de peau est relativement faible par rapport à son volume. Comme la sudation ne suffirait pas pour rafraîchir la bestiole quand elle chauffe, elle est livrée avec ventilation et système de refroidissement intégré dans les oreilles. Quand elle agite ses grandes oreilles, non seulement elle se rafraîchit le corps, mais surtout elle refroidit efficacement tous les vaisseaux sanguins qui y circulent à fleur de peau. Le sang peut ainsi perdre jusqu’à dix degrés dans ces drôles de chambres de refroidissement. Belle mécanique…

Avec des oreilles pareilles vous vous dites sans doute que l’éléphant les utilise aussi pour entendre de loin. Raté! Comme ils vivent loin les uns des autres, nos éléphants ont certes mis au point un système de communication perfectionné à base d’infrasons. Inaudibles à l’oreille humaine ces sons se propagent sur de grandes distances (plus la longueur d’onde est courte, plus l’onde voyage loin). Les chercheurs du zoo d’Oakland ont montré que ces ondes se propagent dans le sol et que c’est par les pieds que les éléphants captent ces infrasons! Astucieux quand on a les oreilles occupées à se rafraîchir.

Sa trompe maintenant. 100 000 muscles différents ! C’est un nez! Que dis-je un nez, c’est un arrosoir -11 litres d’eau de contenance s’il vous plaît. Un lève-charge –capable de soulever plus de 200 kilos. Une pince à sucre cueillant avec délicatesse un brin d’herbe. Un tuba pour respirer dans l’eau quand il n’a plus pied! Cyrano peut aller se rhabiller…

Enfin, il est malin notre Babar. Je n’ai pas trouvé d’illustration convaincante de sa mémoire légendaire. En revanche c’est l’un des rares animaux avec les chimpanzés, les dauphins et certains oiseaux à se reconnaître dans un miroir et à savoir l’utiliser. Ses capacités d’apprentissage lui permettent également d’accomplir des prodiges comme cet autoportrait que vous connaissez sûrement. Cela dit, il semble que les éléphants ne comprennent pas très bien ce qu’ils font quand ils peignent. Bon, mais c’est Babar, pas Heidegger


Quelques sources:

L’article de Wikipedia
Le site du National Geographic (où l’on peut entendre le grognement de l’éléphant: impressionnant!) en anglais.
Le site de Sea World de San Diego (également en anglais)

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One Response to >Dernières nouvelles d’Afrique de l’Est (1): l’éléphant

  1. Tom Roud
    13/05/2008 at 13:38

    >Excellent, j’aime beaucoup !Je trouve incroyable qu’ils soient capables de reconnaître un squelette d’un autre éléphant. Cela ne me paraît pas évident de faire le lien entre un animal vivant et son squelette, à moins de l’avoir vu se décomposer en temps réel (ce dont je doute…).

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